Portraits publics, portraits privés - 1770 - 1830

Du 04 octobre 2006 au 08 janvier 2007.

Galeries nationales du Grand-Palais.

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Portraits publics, portraits privés

Bracelets de soie noire, volants de dentelle et perruque poudrée, Mrs. Abington porte un doigt à sa bouche, assise comme un garçon, à califourchon sur une chaise Chippendale. Premier du genre à montrer une femme dans une pose décontractée, le regard aguicheur, ce portrait étonnant, peint à Londres en 1771 par Joshua Reynolds (Yale Center for British Art, New Haven), pervertit les codes aristocratiques de la représentation. Le modèle ne pouvait être qu’une actrice...

Confrontant, dans un dialogue signifiant, quelque 140 peintures et sculptures, issues de collections publiques et privées, européennes et américaines, l’exposition tente de saisir ce moment, entre public et privé, où d’autres règles du portrait s’établissent.

Entre 1770 et 1830, le portrait peint, très en vogue dans les pays anglo-saxons, reste un genre mineur dans la hiérarchie établie en France par l’Académie, derrière la peinture d’histoire. Néanmoins, tout comme le portrait sculpté, il prolifère en Occident, répondant à une forte demande publique et privée. Loin de ne s’appuyer que sur les codes traditionnellement établis, dictés par le souci de l’apparat et du prestige, l’art du portrait connaît un essor sans précédent et s’affirme peu à peu comme le genre moderne par excellence.

Après le succès rencontré ces dernières années par les expositions monographiques consacrées à de grands maîtres du portrait, Goya, Houdon, Canova, David ou Ingres, l’exposition offre pour la première fois un panorama international du sujet.

En se démocratisant, le portrait se recentre sur le modèle et sa psychologie, faisant écho aux idées rousseauistes qui affirment le primat de la nature sur la condition. L’autoportrait constitue, dans cette perspective, un formidable lieu d’expérimentation. Le portrait de souverain enregistre cette évolution au cours de la période : le Pie VII de Lawrence (Windsor Castle, Waterloo Chambers) révèle ainsi une tension entre l’éternité du pouvoir et son incarnation humaine.
Le portrait sert l’effigie officielle du chef d’Etat, tout en traçant son portrait familial et intime subtilement mis en scène. Ainsi, impopulaire pour s’être mêlé à tort de politique, Marie-Antoinette doit multiplier les représentations de mère aimante qui vont bien avec l’essor des valeurs familiales au XVIIIe siècle. De fait, dans un contexte politique mouvementé, les codes du portrait devant servir les élites nouvelles se trouvent sans cesse revisités par des artistes qui découvrent leur capacité à influencer l’opinion, de l’icône révolutionnaire du Marat assassiné, où s’entrecroisent significations publiques et privées, au portrait très bourgeois de Marie-Amélie, reine des Français, en passant par la très riche iconographie napoléonienne.

L’exposition déploie ainsi une véritable anthologie des grands personnages de leur temps. Goya, Reynolds, Mme Vigée-Le Brun, David, Houdon, Canova, Lawrence, Ingres, Delacroix… les plus grands artistes ont saisi la personnalité de tous leurs modèles, dans le luxe des signes de leur appartenance sociale : formats imposants, étoffes somptueuses, coiffures apprêtées… comme dans le secret de leur vie privée.

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