Gaston Chaissac . Poète rustique et peintre moderne

Du 31 octobre 2009 au 31 janvier 2010.

Musée de Grenoble

Sous le titre « Gaston Chaissac . Poète rustique et peintre moderne », le musée de Grenoble présente une importante exposition consacrée à l’une des personnalités les plus attachantes de l’art français d’après-guerre. Longtemps tenu pourmarginal, l’oeuvre de Gaston Chaissac (1910 -1964) apparaît de plus en plus, dans sa farouche singularité et sa poésie douce-amère, comme une des plus originales de son époque.

Dessinateur, peintre, sculpteur, poète et épistolier intarissable, Gaston Chaissac manipule les couleurs comme les mots, détourne les matériaux comme la syntaxe. Son approche spontanée de la création lui permet d’inventer formes et techniques nouvelles. Sa liberté innée le conduit à dépasser le clivage entre figuration et abstraction et à explorer avec bonheur toutes les possibilités de leur déploiement naturel, ainsi que leur joyeuse hybridation.

Avec plus de 200 oeuvres, dont de nombreux inédits, suivant un parcours rétrospectif allant des premiers dessins de 1936 jusqu’aux grands collages de papiers peints aux derniers Totems de 1964, l’exposition s’attache àmettre en évidence les principaux thèmes de l’oeuvre de l’artiste. Ainsi retrouve-t-on dans l’exposition les bouquets de fleurs, les dessins-écritures, les objets récupérés, les crucifixions, les grands personnages souriants… autant de prétextes pour l’artiste dans son observation aiguë de la tragi-comédie humaine à révéler l’enchantement du monde, cemonde rural et âpre qui fut le sien.

Gaston Chaissac est souvent prisonnier d'une image réductrice qui le cantonne au rôle de l'autodidacte excentrique, proche de l'art brut, ayant sa vie durant, reclus dans le bocage vendéen, créé de drôles de personnages souriants et hauts en couleurs. A cela plusieurs raisons : tout d'abord la singularité de l'oeuvre dans son temps, qui ne trouve que très peu de points de contact avec l'art de l'époque ; ensuite, son assimilation hâtive à l'art brut, erreur d'appréciation regrettable d'un de ses grands défenseurs, Jean Dubuffet, mais qui l'enferme durablement dans une catégorie de créateurs à laquelle il n'appartient pas ; enfin, le caractèremême de l'artiste, hostile à tout compromis avec un monde de l'art dont il se méfie, qui contribue àmarginaliser encore un peu plus et l'oeuvre et son auteur. Revenir à Chaissac aujourd'hui, alors qu'il aurait eu cent ans en 2010, c'est réaffirmer avec force la place de premier plan qu'il occupe dans l'art français d'aprèsguerre, grâce à la profonde originalité de sonoeuvre et à la liberté formidable dont elle témoigne.

Dessinateur hors-pair, grand coloriste, féru d'expérimentations en tous genres, mais également écrivain et poète, il mêle à plaisir ces différents modes d'expression pour inventer un art unique, d'une rusticité réjouissante et d'une modernité radicale. Chaissac poète du bocage fait l'éloge du patois. Chaissac peintre anachronique enjambe les écoles et les styles. Chaissac, un etmultiple, défie et bouscule en permanence les genres et les catégories. Son parcours, des premieres encres zoomorphes aux grands totems de la fin, en passant par les objets détournés et les peintures abstraites, compose un ensemble d'une cohérence impressionnante, d'une richesse profuse.

Tenaillé par unemélancolie incurable que viennent heureusement contrebalancer son goût de la vie et un humour corrosif, il s'est fait le chroniqueur du petitmonde qui l'entoure. Jouant la mouche du coche, il dépeint avec tendresse une humanité de gens simples et affairés dans un monde où se croisent le réel et l'imaginaire. Un monde rural, déjà en voie de disparition, donc Chaissac fixe toute la poésie et l'âpreté.
Loin de Paris et néanmoins en contact épistolier avec plusieurs personnalités importantes
du monde de l'art, estimé et cependant non reconnu à sa juste valeur, Gaston Chaissac apparaît comme victime de sa trop grande singularité. Il meurt seul, dans la misère, laissant derrière lui uneoeuvre d'une liberté totale et d'une jeunesse inaltérable. Il est grand temps de lui donner toute la place qui lui revient, une place unique et de premier plan.

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