De nationalité allemande, Paul Klee (1879-1940) naît et grandit en Suisse dans une famille de musiciens. En 1898 après son baccalauréat, c'est pourtant vers la peinture qu'il choisit de se diriger en partant étudier à l'Académie des Beaux-Arts de Munich.
Il devient d'ailleurs, à partir de 1920, professeur au Bauhaus à Weimar puis à Dessau où il enseigne pendant dix ans. En 1931, il part enseigner à l'académie de Düsseldorf dont il est destitué sous la pression des nazis en 1933.
Il revient alors s'installer en Suisse où il meurt en 1940 des suites d'une sclérodermie.
Paul Klee est l'une des personnalités artistiques déterminantes du XXe siècle, référence irrécusable de la pensée esthétique actuelle, et sa réflexion sur l'art évoque l'amplitude poétique de son œuvre. Il se définit d'ailleurs lui-même comme un "peintre-poète".
Son œuvre reste cependant en marge de tous les courants artistiques mais se montre sans doute l'un des plus féconds de son temps (son catalogue compte plus de neuf mille titres).
Cette exposition regroupe un choix de vingt-six chefs-d'œuvre de l'artiste parmi lesquels figurent peintures et dessins. Dix-sept de ces œuvres proviennent de la Fondation Beyeler et témoignent du rôle essentiel que Paul Klee a joué dans la collection que le galeriste bâlois Ernst Beyeler et sa femme Hildy ont mis près de soixante ans à rassembler.
Marchand d'art depuis 1947, Ernst Beyeler, disparu récemment, s'intéresse trés tôt au travail de Paul Klee. Dès les années 50, il achète dessins et peintures de l'artiste provenant de collections particulières suisses et allemandes. Plus tard, il acquiert des œuvres appartenant au fils de l'artiste, Félix Klee, ainsi qu'à des collectionneurs internationaux.
Ce sont toutefois les œuvres tardives de l'artiste auxquelles Beyeler accorde le plus d'attention. Il évoque l'accroissement grandiose de l'expression de Klee qu'il met en rapport avec la maladie dont souffre l'artiste à la fin de sa vie et qu'il compare à "un mouvement vers une dimension tragique, vers la vision dramatique incluant d'autres mondes".
La sélection des œuvres de Klee présentée à l'occasion de l'exposition reflète trois phases du travail de l'artiste: la période de la première guerre mondiale, les années d'enseignement au Bauhaus puis à Düsseldorf (1920-1933), enfin le retour en Suisse (1933-1940). Elle reflète également la prédilection de Beyeler pour le "Klee tardif" qui, après l'avènement des nazis, se sent obligé de détruire un chromatisme subtil pour se tourner vers un style plus rauque et développer l'utilisation de fonds de couleurs rythmés par de puissantes lignes noires et brunes.
La présentation des œuvres de Klee au musée de l'Orangerie permet au public de découvrir cet artiste à travers le choix rigoureux d'un des plus importants galeristes du XXe siècle. Le grand art poétique et dramatique de ce mage du visuel qu'était Paul Klee peut ainsi être étudié en résonance avec la collection constituée par Paul Guillaume.
Cette exposition inaugure un cycle - l'un des axes de la nouvelle politique du musée national de l'Orangerie dans le cadre de sa réunion avec l'établissement public du musée d'Orsay - qui sera de présenter au fil des années l'esprit et l'œil des grands collectionneurs.