Au moment de la Coupe du monde de football 2010, la Cité s’interroge sur les rapports entre football et immigration. Pratique originaire d'Angleterre, le football se diffuse en France à la fin du XIXe siècle, à la faveur des déplacements et migrations. Joueurs étrangers en clubs amateurs du début du XXe siècle, vedettes étrangères en clubs professionnels du championnat de France, joueurs naturalisés ou, plus fréquemment, d’origine étrangère endossant le maillot tricolore lors des compétitions internationales, relations entre supporters, joueurs et clubs, entre médias et joueurs : le football révèle nombre d’enjeux de la société d'aujourd'hui. "Facteur de rapprochement entre les peuples" pour les uns, "creuset" de l’immigration pour les autres, ou encore sport pouvant générer xénophobie et racisme, le football et sa pratique constituent à leur manière un miroir de la société française.
Le propos de l'exposition s'articule en trois axes:
- la diffusion de la pratique anglaise originellement élitiste du football en France (création des premiers clubs) avec la venue de migrants Anglais ou de Français revenant d’Angleterre et de Suisse;
- l’organisation d’une immigration à la logique sportive depuis la mise en place d’un championnat de France professionnel en 1932 (parcours de joueurs étrangers);
- les "générations" de l’équipe de France de 1938 à 1998 (à partir des portraits des joueurs sélectionnés pour chaque Coupe du monde) en tant que « reflets » - avec décalage générationnel - de l’immigration industrielle (fils de Polonais, Italiens, Espagnols, Algérien...).
À partir de ce parti pris théorique, l’exposition est structurée en quatre parties:
1- La diffusion du football de l’Angleterre vers la France et le début de la professionnalisation des compétitions au début des années 1930
La première partie revient sur l’origine anglaise du football et sur sa diffusion progressive en France dans tous les milieux sociaux. Elle pose ainsi le problème du recours aux joueurs étrangers pour améliorer le niveau de jeu des clubs français lancés dans une émulation sportive alors que le football est encore officiellement une pratique d'amateurs (de la professionnalisation d’une pratique initialement d'amateurs et celui de l'usage de joueurs étrangers pour améliorer le niveau de jeu des clubs français).
2 – Portraits de footballeurs professionnels "étrangers" du championnat de France depuis 1932
La deuxième partie de l’exposition met en exergue, à partir de portraits de joueurs, une immigration à la logique sportive liée à la professionnalisation du championnat de France à partir de la saison 1932/1933. Les parcours individuels de joueurs "étrangers" en championnat de France (générations des années 1930, 1950, 1970, 1990) permettent ainsi de distinguer des périodes de fermeture (restriction du nombre de joueurs étrangers), et d’ouverture à des nationalités privilégiées ou aux ressortissants "indigènes" de l'empire colonial ("Français de papier" sans être citoyens) à des époques déterminées. Le championnat de France reflète ainsi le rapport de la société française aux étrangers vivant sur le sol français.
3 - "Figures et générations" de l’équipe de France pendant les Coupes du monde
Après un retour sur l’histoire de la création de la Coupe du monde, l’exposition revient sur les différentes générations de joueurs composant l'équipe de France lors des Coupes du monde de 1938, 1958, 1986 et 1998. La présence de descendants d’immigrés ou d’immigrés naturalisés en équipe de France est déjà visible avant même les années 1930, moment où se mettent en place les compétitions internationales et en particulier la Coupe du monde. Après guerre, les enfants d’immigrés polonais ou italiens affirment leur présence dans l’équipe nationale, comme le montre la composition de l'équipe de 1958, avec notamment Raymond Kopascewski, dit « Kopa », Roger Piantoni, ou encore Marian Wizsniewski. En 1998, l’équipe « black, blanc, beur » remportant la Coupe du monde semble confirmer que le sport favorise l'intégration et permet de mettre en scène la diversité culturelle de la France. Mais la composition de l’équipe de France est-elle le reflet de la pluralité de la société française ou son miroir déformant?
4- Le "Café des sports", lieu de débats…
Ultime partie de l’exposition, un « Café des sports » imaginaire, reconstitué et pensé comme lieu de sociabilité et de débats, illustre différentes identifications à des équipes en fonction de contextes de rencontres différents. Trois moments structurent de manière dynamique la vie du café: la revendication d’appartenance à un territoire local (club), la revendication d’appartenance à une nation (rencontres internationales), la revendication occasionnelle à une identité (par exemple rencontre de deux clubs étrangers).