Au fil des siècles, des familles communiquant entre elles dans une langue se rattachant aux groupes bantous ont progressivement colonisé les régions forestières de l'Afrique Centrale. Une même civilisation les nourrit, les habite, les relie. Symbole des lignages et des groupes qui les ont engendrées, les représentations sculptées se sont propagées d'une extrémité à l'autre de cet immense ensemble géographique qui s’étend du Gabon jusqu’aux abords du lac Tanganyika en République démocratique du Congo (RDC).
Le territoire, c’est-à-dire l’ensemble du bassin du Congo et celui du fleuve Ogooué au Gabon, couvre plus de 4 millions de km2. Il traverse le sud du Cameroun, la Guinée équatoriale, le Gabon, le Congo-Brazzaville, le Congo-Kinshasa et une partie de l'Angola. Deux aires géographiques se distinguent: l'immense forêt équatoriale et les vastes savanes méridionales.
Ces espaces distincts au temps des chasseurs-cueilleurs, se transforment à l'époque coloniale pour laisser place aux réseaux fluviaux. Dans le nord-ouest, le fleuve Congo atteint une largeur exceptionnelle de 40 km et cette vaste étendue d'eau se renouvelle lors de sa confluence avec l'Ubangi. Quant au climat, deux types de saison, humide et sèche, rythment le cycle annuel. Dès que l’on descend dans la savane subéquatoriale, le temps s'adoucit et favorise l’agriculture. Des pratiques magiques relatives à la pluie avaient donc pour but, soit de l'arrêter dans les zones tropicales, soit de l'apporter dans les savanes du sud.
Sur le plan géographique, la distinction forêt/savane est fondamentale. Les grandes chefferies et les royaumes se sont construits dans les vastes espaces de savane favorisant l’agriculture et le petit
élevage.
Dans les zones forestières, le rôle médiateur des Pygmées a souvent été sous-estimé. Ces derniers ont apporté leur contribution à la connaissance du milieu géographique et ont pu favoriser le déplacement des hommes au fil des années.
La circulation des populations remonte à des temps reculés. Des groupes ont circulé du nord au sud, le long de la côte ; d’autres ont contourné en partie la forêt équatoriale, d’autres encore ont
pénétré les forêts en suivant les voies d’eau. Parmi les quelques 450 ethnies qui ont peuplé l’Afrique Centrale, certaines n'étaient pas iconophiles, comme les Mongo qui pratiquaient surtout la poterie. Celles qui le furent s’inscrivent globalement dans les itinéraires géographiques et historiques présentés dans cette exposition.
Les correspondances et les mutations formelles se reconnaissent dans de nombreux domaines: les croyances, l'imaginaire, les signes corporels, les techniques matérielles, les formes esthétiques. Identités et ruptures se reflètent ainsi dans les styles et les ateliers de sculptures. Les rites d'initiation, les rituels thérapeutiques, les cérémonies entourant la mort de personnalités reconnues ou la prise de pouvoir par la magie et la sorcellerie, ont ainsi pu traverser plusieurs lignages et produire des formes semblables. Parfois les formes s’opposent résolument comme si les groupes distincts voulaient affirmer une identité différente de leurs voisins.
Le parcours de l’exposition propose de présenter chaque ethnie et leur manière de moduler les traits généraux des objets suivant des variations locales : scarifications, formes et couleurs.