A Singapour, le terme "Baba" désigne un "homme chinois" et, par extension, les descendants des communautés chinoises qui se sont intégrées dès le 14e siècle dans le sud-est asiatique et qui ont incorporé au fil des siècles de nombreux aspects de la culture malaise dans leur culture d’origine. Le « Baba » désigne aussi le chef de famille qui a intégré des éléments de la culture européenne, via ses parents et ses grands parents pendant la période coloniale.
L’intégration interculturelle qui s’amorce avec ce processus est une leçon d’ouverture d’esprit et de tolérance, deux sujets plus que jamais d’actualité.
L’exposition présente un ensemble d’environ 480 pièces de la culture luxueuse et raffinée de ces communautés chinoises implantées à Singapour.
Les objets présentés - mobilier, textiles ornés de perles et de broderies, porcelaine… - qui empruntent leurs formes, motifs et couleurs aux cultures chinoises et malaises, marquent l’identité des Peranakan.
Ils datent pour la plupart de la fin du 19e siècle ou du début du 20e siècle. Cette période correspond à un important essor économique ayant permis à de nombreuses familles chinoises de Singapour de s’enrichir. Elle marque ainsi l'apogée des communautés Peranakan qui s'est matérialisée en partie par un art de vivre dont la maison était le coeur et le signe extérieur le plus important.
Les Peranakan, une culture mixte
L’Asie du Sud-est a été un carrefour commercial qui a attiré de nombreux marchands. Certains d’entre eux s’y installèrent et se marièrent avec des femmes de la population locale.
Le terme malais Peranakan - qui signifie "enfant de" ou "né de" - est utilisé pour faire référence aux enfants de ces couples mixtes.
Par extension, il désigne les différentes communautés d’immigration ancienne en Asie du Sud-est, qui ont incorporé de nombreux aspects de la culture malaise dans leur culture.
Les Peranakan comprennent plusieurs groupes ethniques d’origines indiennes et chinoises. L’exposition, qui présente la collection unique au monde du musée Peranakan, se concentre sur les Peranakans aux origines chinoises et malaises – les Baba – qui forment le groupe le plus large.
Après la seconde guerre mondiale, les grandes habitations où des familles « Baba » de plusieurs générations vivaient ensemble, sont vendues et délaissées au profit d’appartements individuels. L'influence de cette communauté commence à décliner.
Les objets décoratifs, les parures et les mobiliers luxueux transmis de père en fils sont alors dispersés ou abandonnés ; ils ne correspondent plus à la mode et aux intérieurs des années 60, ni fonctionnellement ni esthétiquement. La culture "baba" étant menacée de disparition, les conservateurs malais commencent à collecter des objets. Dans les années 1980, ces objets sont vendus aux enchères.
Les "Baba", pour faire revivre leur culture, produisent aujourd'hui des pièces de théâtre, des oeuvres littéraires et poétiques, de la musique.