Jacques Putman, écrivain, collectionneur et surtout, voyait dans l'estampe et la gravure un moyen de démocratiser l'art contemporain. Dans les années 1970, il eut l’idée de vendre dans les supermarchés
Prisunic la lithographie "pas chère". Ainsi débuta l’aventure des Suites Prisunic qui se poursuivit sous d'autres formes jusqu’en 2008 en association avec son épouse Catherine Putman marquant de façon durable la production éditoriale française. En effet plus de 80 artistes dont Pierre Alechinsky, Arman, Georg Baselitz, Max Ernst, Daniel Humair, Jean Messagier, Niki de Saint-Phalle, Pierre Tal Coat, Jean Tinguely ou encore Bram van Velde ont ainsi participé à cette passionnante entreprise qui constitue aujourd’hui un véritable panorama de la modernité.
- L’exposition
L’exposition proposée au musée des beaux-arts de Nancy du 4 mars au 30 mai 2011 et organisée en partenariat avec le centre de gravure de La Louvière en Belgique et les Éditions Actes Sud à Arles, se propose de raconter l’histoire de ces éditions, des Suites Prisunic à Catherine Putman, à travers 150 œuvres. Cette présentation est également l’occasion de repréciser les différentes techniques de l’estampe, anciennes et nouvelles, et de répondre à la question: qu’est-ce qu’un éditeur aujourd’hui dans ce domaine?
Après avoir essentiellement servi à reproduire et faire connaître le travail des artistes-peintres, l’estampe devient au XIXe siècle une forme artistique à part entière, associant création et diffusion.
- Les Suites Prisunic
Il existe depuis toujours dans les grands magasins un rayon d’objets d'art proposant des reproductions de tableaux ou de sculptures. Mais l'idée de putman était d'y introduire des œuvres originales à des prix abordables:
C'était vraiment la première fois que des œuvres signées par l'artiste étaient offertes au public dans ce genre de commerce. ...Il fallait trouver des peintres qui aient une certaine cote sur le marché et dont on pouvait vendre des œuvres à des prix relativement peu élevés. (Le problème n'était donc pas de faire découvrir par la clientèle des œuvres inconnues, mais plutôt de lui donner des œuvres connues dans des conditions tout à fait exceptionnelles, à la fois sur le plan de la facilité de l'achat et du prix.
En 1967, Jacques Putman débute une collaboration avec la chaîne Prisunic, Andrée Putman, sa femme, y défendant déjà, en tant que directrice artistique, l'idée d'un design accessible à tous. Il entreprend alors d'éditer des estampes tirées à 300 exemplaires, vendues au prix de 100 Francs. Six artistes participent à la première édition de ce nouveau concept baptisé Suites Prisunic: Pierre Alechinsky, Wifredo Lam, Roberto Matta, Jean Messagier, Reinhould et Bram van Velde.
Les éditions successives de ces estampes révolutionnaires accueillent de plus en plus d’artistes: Arman, Christo, Pierre Courtin, Max Ernst, Pierre Tal Coat, Niki de Saint Phalle, Asger Jorn, Jean Tinguely et s'ouvrent à d'autres formes artistiques comme la sculpture. Cette aventure s'achève en 1973. Jacques Putman crée ensuite la S.D.O.P.M, Société de Diffusion d'œuvres Plastiques et Multiples.
- Catherine Putman
Catherine Béraud rencontre puis épouse Jacques Putman en 1975. Passionnée d'art contemporain, elle organise chaque année des expositions à Arles, de 1974 à 1981 à la Chapelle de la Chante puis jusqu’en 1988, à la Chapelle du Méjean avec l'équipe d'Actes Sud. Jacques et Catherine Putman vont développer ensemble, vingt années durant, une activité éditoriale qui constitue aujourd'hui un véritable panorama de la modernité. Geneviève Asse, Georg Baselitz, Stéphane Bordarier, Pierre Buraglio, Alain Clément, Tony Cragg, Urs Lüthi, Markus Raetz, Sophie Ristelhueber, Georges Rousse, Gérard Traquandi, Claude Viallat..., de nombreux artistes sont ainsi défendus par le couple dont la personnalité et le goût marquent fortement l’édition française de la fin du XXe et le début du XXIe siècle. Nourrie d'amitiés et d'échanges avec les plus grands artistes comme avec des imprimeurs d’une rare
exigence, ne reniant jamais les techniques les plus anciennes tout en explorant volontiers les outils numériques les plus récents, cette aventure témoigne de ce qu’est le métier d’éditeur étroitement lié aux nécessités de la création. Elle se prolonge après la disparition, en 1994, de Jacques Putman, Catherine Putman continue alors d'élargir son champ d’action en s’engageant dans de nouvelles collaborations et en ouvrant, en 2003, une galerie, rue Quincampoix, qu’elle veut spécialisée dans l’estampe et les œuvres uniques sur papier. Jusqu’à sa mort en 2009, elle poursuit sans relâche son activité éditoriale.